La crise industrielle ouverte depuis quelques années, et tous lesjours plus aiguë, àParis, au commencement de 1884, se faisait douloureusement sentir, par la suspension des travaux du bâtiment, qu'une inévitable réaction contre la surproduction effrénée des années précédentes avait nécessairement entraînée. Près de cent mille ouvriers de cette industrie se trouvaient réduits au chômage forcé. La situation était alarmante et bien faite pour préoccuper les pouvoirs publics. Une interpellation sur la politique économique du gouvernement fut déposée, dans les premiers jours de la session, par M. Langlois, député de Seine-et-Oise, et ancien disciple de Proudhon. La discussion dura dix jours; elle ne servit qu'à mettre en lumière l'impuissance absolue à laquelle les doctrines du libéralisme économique condamnaient le Gouvernement et les Chambres, et leur incapacité à opposer au mal un remède efficace. Ce débat prolongé, qui amena successivement à la tribune les principaux orateurs des diverses fractions de la Chambre, et où M. Jules Ferry, prési- — 112 — dent du conseil, porla la parole au nom du Gouvernement, aboutit à la nomination d'une commission d'enquête sur les conditions du commerce, de l'industrie et de l'agriculture , composée de 44 membres, tous choisis, par l'effet d'une exclusion systématique, en dehors de l'opposition. Cette commission, après avoir établi de volumineux questionnaires, entendit successivement un grand nombre d'industriels et de repré- sentants des chambres de commerce ou des chambres syndicales, et aboutit, au bout de plus d'une année, au dépôt d'un rapport dépourvu de toute conclusion pratique. La question se trouva ainsi enterrée. M. le comte de Mun intervint dans le débat à la séance du 2o janvier par le discours suivant, où, pour la première fois dans les assemblées françaises, il porta à la tribune l'idée d'une lésrislation internationale du travail. M. LE COMTE Albert de Mun. Messieurs , je ne viens pas, la Chambre le comprendra, répondre directement à l'honorable préopinant, et il voudra bien me le pardonner. Ce n'est naturellement pas à moi d'expliquer ici qui doit être responsable de ce qu'il n'est pas encore sorti des assemblées répubhcaines une loi défi- nitive en faveur des ouvriers. J'entre dans la discussion parce qu'il me semble que c'est un devoir pour les hommes de tous les partis, puisque la tribune est ouverte à ce grand débat, de dire franchement, devant le pays qui les écoute, ce qu'ils pensent des grandes questions qu'il soulève, surtout des solutions qu'il appelle, et dont la crise d'aujourd'hui fait sentir pour demain l'urgente nécessité. C'est l'objet, c'est l'intérêt priucipal de l'interpellation : l'honorable M. Langlois lui-même lui a attribué ce caractère, et je crois qu'il a eu raison. — 113 — Je ne viens pas, Messieurs, faire un discours d'économiste, je n'en ai ni le moyen ni le désir; je viens dire en quelques mots ce qui me frappe dans l'aspect politique et social de la grande question soulevée depuis hier. Et, pour bien faire comprendre le point de vue où j'entends me placer, j'ajoute sur-le-champ qu'il me paraît nécessaire de distinguer, dans la discussion, l'interpellation môme de M. Langlois et la question plus immédiate, plus aiguë, de la crise parisienne; les deux questions ont été jointes par les circonstances , et il était naturel qu'il en fût ainsi , parce qu'elles sont liées et parce que le douloureux chômage dont souffre une partie de la population parisienne est une des conséquences, un des symptômes de la situation générale, en même temps qu'un avertissement du péril qu'elle porte avec elle; mais si je crois qu'on a bien fait de ne pas les séparer , je pense qu'il faut cependant les distinguer, parce que les solutions n'en peuvent être identiques : l'une est une question actuelle qui appelle des remèdes immédiats, des palliatifs passagers; mais, pour en prévenir le retour, c'est vers l'autre, vers la question générale, qu'il faut tourner les yeux. (Très bien! très bien! à droite.) C'est vers l'autre, vers la question d'avenir, parce que, — je dis toute ma pensée, — quoi qu'il arrive, quelque moyen qu'on trouve pour échapper à la crise du moment ou pour en atténuer l'intensité, ce ne sera jamais qu'un expédient d'un jour, après lequel le len- demain viendra, chargé des mêmes difficultés, des mêmes problèmes, d'autant plus graves qu'on en ajourne davantage la solution... (T^^ès bien! très bien! — 414 — à droite); et si les pouvoirs publics, quels qu'ils soient, ne sont pas prêts pour ce lendemain, ils succomberont tous à leur tâche. C'est ma conviction. (Très bien! très bien! sur les mêmes hancs.) Voilà dans quelle pensée je monte à la tribune, et, je n'ai pas besoin de le dire, l'esprit bien libre de toutes les arrière -pensées qui, dans un débat parlementaire , peuvent toucher aux intérêts ministériels, dans lesquels nous n'avons rien à voir. Mon intention est de parler pour la Chambre et pour le pays qui nous entend, plutôt que d'interpeller un ministère. Messieurs, la question qui s'agite ici est bien plus profonde dans ses sources, bien plus vaste dans ses conséquences, que ne pourrait l'être une crise passagère, si grave, si violente qu'elle pût être : ma conviction, c'est qu'il se fait dans le monde, à l'heure où nous sommes , par l'effet d'un ensemble de causes mo- rales et matérielles , un grand mouvement social , une évolution profonde ; et que, de la manière dont ce mouvement sera conduit , des transformations qui sortiront de ce trouble général , dépendront la paix et la prospérité des nations ciA'ilisées. La question est de savoir si tous ceux qui ont intérêt à la conservation sociale, — et je n'en excepte naturellement personne, — sauront à temps se réunir et s'entendre , non pas pour se coahser dans une infructueuse résistance, mais pour diriger, pour conduire la réforme économique devenue nécessaire, ou si cette réforme inévitable se fera définitivement sans eux et contre eux. Voilà la question : il n'y en a pas de plus haute dans l'ordre politique, je n'en connais pas qui mérite à un - 115 — plus haut point de fixer l'attention des hommes d'État; elle a un nom : c'est la question sociale. On a dit qu'il n'y en avait pas , qu'il n'y avait que des questions sociales; je crois qu'on s'est trompé, il y en a une qui résume toutes les autres : c'est celle dont je parle ici. Tout récemment , dans un article frappant sur renchérissement de la vie, un écrivain de la Revue des Deux Mondes^ la définissait par l'effort instinctif des multitudes pour amoindrir la misère et pour alléger le travail. J'accepte la définition, bien que je ne la trouve pas complète, parce qu'elle met en lumière l'aspect principal et le plus saisissant de la question. Amoindrir la misère et alléger le travail ! Eh bien , Messieurs, si, me plaçant à ce point de vue, je cherche à me rendre compte des causes générales de la crise qui nous agite, la première chose qui me frappe, c'est que ce n'est pas une crise française, mais une crise internationale. (Très bien! très bien! sur divers bancs.) Les nations modernes sont en souff'rance, et la maladie chronique qui les épuise, — j'ai déjà exprimé cette idée, et je ne cesserai de la répéter, parce que je la crois fondamentale , — c'est l'excès de la concurrence. Depuis un siècle, des doctrines nouvelles se sont levées sur le monde, des théories économiques l'ont envahi , qui ont proposé l'accroissement indéfini de la richesse comme le but suprême de l'ambition des hommes , et qui , ne tenant compte que de la valeur échangeable des choses, ont méconnu la nature du travail , en l'avilissant au rang d'une marchandise qui se vend et s'achète au plus bas prix. ^ M. André Cochuf. — 116 — L'homme 5 l'être vivant, avec son âme et son corps, a disparu devant le calcul du produit matériel. Les liens sociaux ont été rompus ; les devoirs réciproques ont été supprimés ; l'intérêt national lui-même a été subordonné à la chimère des intérêts cosmopolites , et c'est ainsi que la concurrence féconde, légitime, qui stimule, qui développe, qui est la nécessaire condition du succès, a été remplacée par une concurrence impitoyable, presque sauvage, qui jette fatalement tous ceux qu'elle entraine dans cette extrémité qu'on appelle la lutte pour la vie. Dans ce combat à outrance, l'abaissement du prix de revient est devenu la grande nécessité, la grande préoccupation des producteurs. Gomme, dans toute entreprise industrielle, les frais généraux ne varient guère, il a fallu, pour arriver à cet abaissement du prix de revient, augmenter sans cesse la production ; et cette surproduction, favorisée de toutes manières par tous les développements de l'industrie moderne, par toutes les forces nouvelles que le génie de l'homme arrache à la nature, par la vapeur, par l'électricité, par l'outihage toujours perfectionné, cette surproduction a eu ce corollaire immédiat : l'excès du travail. Je ne voudrais rien dire. Messieurs, qui dépasse la mesure, je ne voudrais pas aller au delà de ce qui est juste et légitime; mais je ne puis m'empêcher d'insister là-dessus, parce que c'est le point capital , celui qui touche directement à la condition de l'ouvrier : on a abusé du travail et des forces de l'homme. Messieurs, je me hâte de le dire, les industriels français, pour la plupart, ne se sont pas associés à tous ces abus. C'est leur honneur, et il faut, hélas! le - 117 — constater, c'est aussi une des causes de leur infériorité. Ils ont été plus humains, plus généreux; mais, à côté, à leurs portes, chez leurs concurrents, — je ne veux nommer aucune nation , — on est allé à de très grands excès : on a fait, on fait encore travailler quatorze, seize et dix-huit heures par jour. Un membre à l'extrême gauche. Dans les chemins de fer, cela se passe ainsi. M. LE COMTE Albert de Mun. Mais surtout, — et cela , on l'a fait en France aussi , — on a livré sans mesure à l'atelier la femme et son enfant avec elle, et, partout où on Ta fait, on a compromis la famille et troublé le foyer. Les choses vont ainsi jusqu'à ce qu'un jour vienne où la production excède la consommation , où les marchandises s'accumulent dans les magasins; ce jour-là c'est la ruine pour les industriels qui, ne trouvant plus d'acheteurs, ne peuvent plus payer leurs traites; la crise industrielle se déclare; et l'ouvrier, que la loi de la concurrence illimitée réduit à voir son pain quotidien et celui de sa famille soumis exclusivement à toutes les fluctuations du marché, l'ouvrier en est la première victime. Le travail s'arrête ; les ouvriers restent sans ouvrage; c'est le chômage, c'est-à-dire la faim et la misère pour des milliers d'êtres humains. Une partie du monde est en proie à cette souffrance : la France n'en reçoit encore que le contre- coup. Et déjà cependant, on le disait tout à l'heure avec bien de la raison, l'irrégularité et le brusque ralentisse- ment des travaux publics , si légèrement entrepris , lui ont appris ce que peut coûter l'excès de la production, et Paris en fait aujourd'hui, dans l'industrie du bâti- ment, la dure expérience. Mais , dans les pays les plus industriels , en Angleterre, en Amérique, dès que les débouchés font un moment défaut, la surproduction engendre des catastrophes effroyables : la spéculation y ajoute des ruines dont le monde industriel supporte les effes , et les ouvriers subissent les conséquences des unes et des autres. Voulez- vous des chiffres, des exemples? En ne consultant que les plus récentes statistiques et les dernières nouvelles, il y en a d'effrayants. Les banqueroutes, à Manchester seulement, sont passées de 64, en 1881, à 98 en 1883 : on a éteint 38 hauts fourneaux , et un grand nombre d'ouvriers en fer sont sans travail. A Glasgow, il vient d'y avoir une banqueroute de 300 000 livres sterling. Le 17 janvier, les fabricants de fer brut de Middlesbourg ont décidé de procéder jusqu'en mars à l'extinc- tion de 18 hauts fourneaux. Et la conséquence, c'est que l'émigration, qui était en 1881 de 243 000 individus, s'élève en 1883 à 320 000; et ce ne sont pas des Irlandais seulement, car l'Angleterre et l'Ecosse y sont pour 214 000. Aux États-Unis, les chiffres sont plus effrayants encore : ce sont des faillites qui entraînent des millions de dollars; en 1883, on a vendu aux enchères le matériel de 18 compagnies de chemins de fer en faillite, exploitant 1 354 milles et représentant 18 millions de dollars en capital et 28 miUions en obligations; il y a quelques semaines, la grande compagnie du North- — 119 - Pacific, qui parcourt 2000 lieues anglaises, a été mise en faillite, entraînant avec elle 48 petites compagnies et 46 millions de dollars. Aux États-Unis et au Canada il y a eu, en 1883, 10568 faillites, représentant ensemble 37 700000 dollars. Qu'est-ce qu'il y a derrière ces chiffres formidables ? Messieurs, ily a la misère pour des milliers d'hommes. Dans les illusions qui ont accompagné l'épanouissement de l'école économique, on avait cru, on avait enseigné que l'augmentation continuelle de la production permettrait, dans un avenir plus ou moins éloigné, aux classes laborieuses de prétendre à une améhoration progressive de leur condition matérielle. Où sont les rêves d'autrefois ? La situation est absolument à l'inverse. (Vives protestations sur un grand nombre de bancs.) M. Gantagrel. Mais non, il y a, au contraire, un grand progrès. M. LE COMTE Albert de Mun. Le paupérisme s'accroît dans des proportions effrayantes, partout, dans tous les pays du monde... M. Marius Poulet. Rappelez-vous la peinture que la Bruyère a faite du sort des paysans, lorsque vos seigneurs leur faisaient manger de l'herbe. (Bruit.) M. LE comte Albert de Mun. Il y a trente ans, M. Fox, un des chefs de la Hgue qui poursuivait, en Angleterre, l'abolition des droits sur les blés , affirmait devant un meeting réuni au théâtre de Covent-Garden que les ruines des workhouses marqueraient bientôt l'abohtion de la protection , comme les ruines des châteaux du moyen âge marquèrent la destruction du système féodal. Et M. Fawcett, qui rapporte ce fait, ajoute: «Vingt-cinq ans se sont passés depuis l'abolition des droits sur les blés, et l'état actuel de Londres avec ses 160000 pauvres est un commentaire cruel de ces prophéties. » M. Henry George , dans son livre qui porte ce titre significatif : « Progress and Poverty, » déclare qu'aux États-Unis « les différences entre les conditions sociales s'accentuent tous les jours davantage ». M. Jules Roche. Il a été cent fois réfuté. M. LE COMTE Albert de Mun. Et M. de Laveleye écrit qu'il y a trente ans, à San -Francisco, quand la civilisation était à ses débuts, l'aisance était générale, mais qu'aujourd'hui, où c'est une ville opulente, peu- plée de palais , les mendiants se multiphent , en sorte que (( l'accumulation du capital qui, dit -il, d'après les économistes, est le seul moyen d'améUorer le sort des classes nécessiteuses, semble avoir, au contraire, pour effet d'engendrer la misère ». Les témoignages abondent dans tous les pays de l'Europe : en Prusse, en Saxe, en Italie; et à Paris même, un écrivain qui a tracé un tableau assez sombre de la misère à Paris ^ conclut qu'il existe toujours, dans toute société dont l'organisation est complexe, un stock nombreux d'êtres humains vivant d'anxiétés, de priva- tions , condamnés à la faim lente et auquel la moindre interruption dans leur travail, la moindre maladie, le moindre chômage fait connaître la faim aiguë. Messieurs, je ne lirai qu'une seule citation; je l'a- dresse aux économistes, elle est de M. de Molinari, qui fait autorité. Il a écrit un livre intitulé : U Évolution économique au xix« siècle, et j'y lis ceci : 1 M. le comte d'Haussonville. - 121 - « Les résultats de la production, devenue plus féconde, s'accumulent par masses entre les mains d'une minorité, tandis que la multitude se trouve, non moins qu'elle l'était autrefois, exposée aux extrémités du dénuement. » Et plus loin : « L'augmentation prodigieuse de la richesse a été accompagnée du débordement du paupérisme, et au milieu de sociétés en possession de tous les moyens de satisfaire les besoins les plus raffmés , des classes en- tières semblent fatalement condamnées à la misère et au crime. » Entendez-vous, Messieurs? des classes entières semblent fatalement condamnées à la misère et au crime ! Et s'il est vrai que la question sociale soit caractérisée par l'effort instinctif de la multitude pour amoindrir la misère et pour alléger le travail , est-ce qu'elle n'arrive pas à son état le plus aigu, le plus menaçant, quand cet effort se trouve en opposition flagrante avec la règle économique du monde? Et si alors... Messieurs, Dieu me garde de dire une parole qui paraisse un encouragement ou une excitation aux passions coupables! J'en suis incapable, et je suis sûr que la Chambre ne croit pas qu'une pareille pensée puisse entrer dans mon esprit. Mais enfin il faut ici dire toute la vérité et mesurer toute notre responsabilité... Si, du sein de ces foules tourmentées par la souffrance , il s'élève à cer- tains jours des grondements menaçants, si les folles utopies, les conseils perfides et les coupables excitations -trouvent accès dans ces cœurs livrés à la détresse, je vous le demande, je le demande à tous. — 422 — qu'aurons-nous à répondre? Irons-nous emprunter les raisonnements de l'École pour prouver à l'ouvrier mal- heureux que son sort est dans la nature des choses , et que les oscillations du marché sont l'effet d'une loi économique inévitable? Non ! le cœur et le bon sens y répugnent; mais, songez-y bien, l'humanité, le bon vouloir, la charité, ne suffisent pas à une situation pareille : c'est un remède social et général qu'il faut cher- cher sans retard, et les gouvernements ont le devoir d'y aviser. Ce remède , Messieurs , ce remède à la crise générale, que peut-il être? Il y avait jadis, dans l'univers, une puissance médiatrice : c'était l'Église catholique... (Exclamations diverses. — Litemiption prolongée.) Messieurs, je ne comprends pas vos interruptions... {Parlez ! parlez !) J'exprime une conviction profonde, vous le savez bien... {Parlez! parlez!) Je dis qu'il y avait autrefois dans l'univers une puissance médiatrice qui s'appelait l'Éghse catholique et qui était reconnue, acceptée par tous; elle imposait des bornes à l'abus qu'on pouvait faire des forces de l'homme par le repos du dimanche... ( Très bien! très bien! à droite), par la protection de la femme et de l'enfant. Messieurs, pendant que je vous parle, je ne sais plus si je me laisse aller à une inspiration personnelle ou à une réminiscence de Louis Blanc. Vous rappelez-vous ces pages écrites dans son style magique ? « L'Église marquait par le son de ses cloches le commencement et la fm de la journée de travail, l'industrie grandissait à son ombre , elle était la tutrice des petits et des faibles. » ( Trèshi en! très bien ! adroite.) — 423 — Aujourd'hui le monde s'est détourné d'elle. Que mettra-t-on à sa place'? {Bruit à gauche.) Que mettra-t-on à sa place, sinon le concert des États civilisés ? On fait bien des conventions internationales pour régler les lois de la guerre , on en fait pour le transport des colis postaux; pourquoi n'en ferait-on pas pour régler les conditions du travail ? On fait bien des congrès pour les intérêts qui captivent l'attention des hommes, pour l'électricité, pour les arts, pour les sciences; pourquoi ne ferait-on pas un congrès pour le travail? {Applaudissements à dy^oite.) Voilà ce que je demande. Il y a une nation voisine de nous, la plus petite, mais la plus avancée dans la législation sociale, qui en a fait la proposition : c'est la Suisse, en 4881 , si je suis bien informé ; ses ouvertures n'ont pas été accueillies. Je voudrais que la France se donnât la gloire de les reprendre; il y a là une mission capable de la tenter, d'enflammer son cœur et son génie. Elle a porté, dans l'histoire des siècles, un renom de générosité et de chevalerie dont le souvenir est cher à tous ses enfants, quelle que soit la manière dont ils envisagent son passé. Depuis ses origines, son nom s'est hé avec celui des petits et des faibles. C'est à leur service qu'elle a semé sur tous les rivages du monde des souvenirs héroïques. {Très bien! très bien! sur un grand nombre de bancs.) Messieurs, les circonstances ont changé, mais la cause est restée la même; il y a toujours des petits et des faibles. Je suppUe la patrie française de rester fidèle — 424 — à ses traditions ; je lui demande, en regardant les plaies qui la font souffrir, de puiser dans cette contemplation, non pas une égoïste pensée d'isolement et de résistance, mais la résolution réfléchie de mettre, par son exemple au dedans, par son initiative au dehors, un terme aux déplorables effets de l'économie matérialiste. (Marques d'assentiment à droite.) Messieurs, il faut bien arriver à cet examen de nos souffrances nationales, puisque c'est aujourd'hui pour nous une question vitale. Je le dis avec douleur, nulle part ailleurs on ne s'est livré avec plus d'inconséquence aux théories que je déplore, en sacrifiant, sous l'em- pire des mots, le travail et la prospérité nationale au mirage de la fausse liberté et de la concurrence la plus meurtrière. Je n'apporte pas ici l'exposé d'un système commercial exclusif; je crois qu'il n'y arien de plus faux, en de pareilles matières , que les systèmes absolus , et c'est un des reproches que j'adresse à l'école économiste, d'avoir voulu subordonner toutes les applications à des théories générales. (Très bien/ très bien! sur divers bancs.) Pour moi, la règle que j'aperçois dans ces questions, c'est la défense du travail national, la protection de ses intérêts et le souci de procurer du travail aux citoyens de la patrie. ( Vives marques d'approbation à droite.) Cette règle, toutes les grandes nations l'ont suivie; et je me rappelle cette foudroyante apostrophe d'Hus- kisson, dans le parlement anglais, que M. le sénateur Feray répétait, au milieu des applaudissements, dans une de ses conférences sur les traités de commerce. — 125 — a Un ministre capable de proposer à son pays un autre système que celui-là est un fou ou un malhonnête homme! » L'Angleterre a assis sa puissance industrielle sur la protection, jusqu'au jour où le besoin de chercher des débouchés l'a conduite à se faire l'apôtre du libreéchange. L'Amérique s'enferme chez elle pour forger les armes avec lesquelles elle écrase la vieille Europe. (Très bien! très h'ien!) Un membre à gauche. Les Américains sont plus malheureux que nous. M. LE COMTE Albert de Mun. L'Allemagne protège les rapides développements de son industrie par le re- lèvement de ses tarifs. Et la France, Messieurs? Sans doute la misère n'a pas atteint chez elle ces proportions effrayantes, ces navrants excès que j'ai signalés pour l'Angleterre et pour l'Amérique. Mais il faut le redire à l'honneur, à la louange de nos industriels, c'est parce que leurs sentiments d'humanité les ont empêchés d'abandonner leurs ouvriers, de réduire leurs salaires au gré de leurs intérêts , et de les condamner au chômage avant qu'ils ne fussent eux-mêmes condamnés à la ruine. Oui , les industriels ont fait cela; mais qu'a-t-on fait pour leur venir en aide? Ah! c'est ici qu'il faut sortir des causes générales et accuser, dans les causes particulières, votre responsabilité. La France a été victime d'une guerre désastreuse. Quand M. Pouyer-Quertier, l'éminent, le patriotique négociateur de la paix qu'il a fallu subir , en a conclu les conditions , il était en face d'un autre négociateur qui se déclarait libre-échangiste et qui assurait ne de- — 126 — voir jamais varier. En acceptant l'article 11 et la clause de la nation la plus favorisée, il a cru, il a eu raison de croire que la France garderait ses avantages et les retrouverait dans l'Allemagne libre-échangiste. Plus tard, le prince de Bismarck a brusquement changé sa politique économique. Et c'est après qu'il a eu changé, qu'au heu de rester maîtres de nos tarifs, on a livré l'industrie , par de nouveaux traités de commerce, à une concurrence insoutenable, non seulement vis-à-vis des anciennes nations industrielles, mais aussi des nouveaux producteurs entrés sur le marché, sans tenir compte des avertissements, sans écouter les plaintes et les réclamations des intéressés. (Très bien! à droite.) M. Maurice Rouvier. Quels sont les droits que l'on a réduits ? M. LE COMTE Albert de Mun. On n'est pas revenu de ces errements; car à l'heure qu'il est, au miheu de la crise, on négocie encore avec l'Autriche -Hongrie. (C'est cela ! — Très bien! à droite.) M. le Président du conseil. Heureusement, dans l'intérêt même de notre industrie. (Exclamations à droite.) Un membre à gauche. Alors il ne fallait pas faire de traités de commerce. M. le comte Albert de Mun. Messieurs, il y a un mot malheureux qui s'est répandu : on a dit que nous allions à un Sedan industriel ; j'ai lu cette parole dans beaucoup de journaux. Eh bien , je crois que c'est une mauvaise parole ; je ne crois pas qu'il soit bon, qu'il soit patriotique de lancer dans le monde du travail ces paroles effrayantes ! — 127 — C'est jeter au plus fort de la bataille le découragement dans les rangs des combattants ! Mais il ne faut pas davantage dissimuler le mal ni s'aveugler sur les remèdes. La situation n'est d'ailleurs que trop connue. L'honorable M. Félix Faure, aujourd'hui membre du cabinet , l'a exposée avec une grande autorité et une admi- rable netteté , dans son rapport sur le budget du ministère du commerce. En somme, pendant que nous vendons moins à l'étranger , nous importons pour un milliard et demi de plus que nous n'exportons. Voilà le fait. Quant à ses conséquences, vous savez ce qui se passe partout : les usines se ferment et disparaissent en grand nombre; celles qui subsistent voient de jour en jour diminuer leurs commandes ; dans beaucoup on a dû réduire le travail ; demain , on sera réduit à renvoyer les ouvriers. Les fonderies de l'Est, les filatures et les sucreries du Nord en sont là, et M. le ministre de l'agriculture, l'honorable M. Méline, qui s'en est beaucoup occupé, qui a cherché à porter remède à cet état de choses , le sait mieux que tout autre. A Paris , la crise est flagrante : tout le monde en a lu les détails ; l'industrie du bâtiment est dans un état de souffrance aiguë, et il faut bien que je m'arrête sur ce point, puisque c'est celui qui domine la situation du moment, et par où la crise actuelle se lie à la crise générale. Il y a quelques années, une véritable fièvre de construction a agité la ville ; la spéculation l'avait allumée , la spéculation qui a eu , qui a encore une part si large et si désastreuse dans le trouble économique où nous sommes. (Marques d'assentiment.) - 128 - C'était un terrain naturellement offert aux sociétés anonymes par actions, si malheureusement poussées à l'excès par la liberté illimitée de la loi de 1867, et qui, ainsi développées hors de toute mesure, font un si grand mal social en substituant trop souvent au patron, à l'homme qui fait travailler les ouvriers , qui vit avec eux, qui peut en quelque manière établir avec eux des rapports de famille, le capital sans nom, sans responsabilité et sans patrie ! (Mouvements divers.) Qu'est-il arrivé? Des quartiers entiers sont sortis de terre comme par enchantement, puis il est venu un jour où le mouvement s'est brusquement ralenti , et alors les ouvriers , dont le nombre avait triplé en un moment, les ouvriers que l'appât d'un gain plus élevé avait attirés en foule à Paris, sont restés ici, éloignés des champs où ils ne retournent pas, enlevant à l'agriculture les bras dont elle aurait besoin et condamnés eux-mêmes à végéter sans ouvrage. Voilà l'excès de production pris sur le fait avec ses conséquences brutales. Autant que j'ai pu l'apprendre en consultant les patrons du métier, l'ensemble de l'industrie du bâtiment occupe à Paris environ 150000 ouvriers; aujourd'hui il y en a environ 80000 sans ouvrage, j'entends sans ouvrage assuré; et l'état de la place, les travaux projetés, l'approche du mois de mars, où les maçons arrivent du dehors, ne permettent de prévoir que l'accroissement de la crise. On dit. Messieurs, nous l'entendons tous les jours, que les ouvriers sont victim^es de leurs prétentions excessives et de l'élévation trop grande des salaires. Sans doute il peut y avoir là une difficulté, et je ne — 129 — doute pas qu'on ne puisse trouver sur ce point d'ex- cellents conseils à donner aux ouvriers ; mais il faut bien remarquer que cette surélévation des salaires n'est qu'une vérité relative , d'abord parce qu'elle n'est exacte qu'au regard de notre concurrent le plus voisin, de l'Allemagne, et qu'elle ne l'est pas vis-à-vis de nos plus grands concurrents, de l'Angleterre et des États- Unis, où les salaires sont plus élevés encore que chez nous; mais c'est surtout une vérité relative, parce que, dans l'appréciation du taux des salaires, il faut comprendre l'impôt qui écrase la France comparativement aux autres nations, et particulièrement les impôts de consommation, que l'ouvrier supporte alors même qu'il ne travaille plus et qui grèvent les deux tiers de son budget moyen : c'est une statistique facile à faire et que constatent toutes les monographies. (Très hien! très hien! y Voilà pourquoi il ne peut y avoir chez nous aucune flexibilité dans les salaires, et pourquoi, quand une crise éclate, elle devient tout de suite pour l'ouvrier une question de vie ou de mort. Sans doute c'est là une situation très difficile ; mais enfin il faut la prendre comme elle est : quoi qu'on dise, quelques discours qu'on tienne, les salaires ne baisseront pas ; les industriels ne les diminueront pas ; ils ne le peuvent pas et ils ne le veulent pas. Eh bien , c'est donc dans la diminution des impôts et dans l'abaissement du prix des objets de consommation que peut se trouver la solution du problème. M. Langlois, hier à la tribune, a traité cette question delà manière la plus frappante ; il a montré toutes les difficultés qui l'entourent; elles sont certainement très grandes. — 130 — Mais enfin il faut chercher ! La question s'impose : il faut la regarder en face. Eh bien, je crois que M. Langlois pourrait se rencontrer avec nous pour trouver un commencement de solution dans la création de sociétés coopératives de consommation, encouragée, favorisée par des avantages spéciaux. (Très bien! très bien!) L'année dernière, M. le ministre de l'intérieur a formé une commission d'enquête sur les associations ouvrières ; j'ai lu ses rapports avec le plus grand soin; elle était justement en exercice au moment où j'ai pris part à la discussion sur les syndicats professionnels : j'ai alors eu l'occasion de faire remarquer à l'honorable ministre de l'intérieur que les sociétés coopératives de production ne pouvaient pas offrir une satisfaction sérieuse aux aspirations des ouvriers , et que les pousser dans cette voie , c'était les conduire à d'inévitables déceptions. Je me permets de le répéter aujourd'hui : j'ai la conviction que les sociétés de production ne sont qu'un leurre ! La société coopérative de consommation, au contraire, peut être un moyen sérieux, efficace, de réduire dans une certaine proportion le prix des objets de consommation. (Très bien! très bien! à droite.) Eh bien, je demande à la Chambre et au Gouvernement s'ils sont disposés à entrer dans cette voie , à se livrer promptement à cette étude ; seulement je suis bien obligé de dire que, dans ma pensée, ce ne sera un moyen fructueux que s'il repose sur une organisa- tion corporative du travail, à laquelle il faut bien que je revienne, puisque c'est, à mes yeux, la base néces- saire de la réforme sociale. — 131 — M. Langlois a raillé, comme on l'avait fait l'année dernière, les efforts commencés en ce sens par les catholiques. Ce peut être une forme de discussion, mais ce n'est pas une réponse. Ce qu'il s'agirait de discuter, ce ne sont pas les statuts des associations professionnelles catholiques, c'est le principe corporatif lui-même, c'est-à-dire l'organisation du travail reposant sur l'union des maîtres et des ouvriers. Un membre à gauche. Libre ou forcée? M. LE COMTE Albert DE Mun.Nous discuterons quand vous le voudrez la question des associations corporatives . M. Georges Perin. Mais dès aujourd'hui la loi per- met ces associations. M. Langlois. Le paralytique est hbre aussi de marcher, mais il ne le peut pas. {Rires au centre.) M. le comte Albert de Mun. Jusqu'ici on ne m'a jamais répondu que par le cléricalisme ; on ne m'a jamais répondu au point de vue professionnel. Gela en vaudrait la peine cependant, car ce sont des idées qui grandissent, qui font leur chemin, et M. Langlois me permettra de lui dire qu'une pareille organisation du travail, établie sur des bases normales, serait peutêtre le meilleur moyen d'arriver à ce qu'il a appelé la mutualité sociale. On se plaint beaucoup, et on a bien raison, des grèves, tous les jours plus menaçantes, qui troublent continuellement le monde industriel. Sans doute c'est un grand mal : je me suis expUqué là-dessus dans la discussion des syndicats. Les grèves, je les déplore toujours, je les condamne souvent, et je crois que l'ouvrier en est constamment la victime. Mais enfin elles existent; ce n'est pas tout de s'en plaindre, il laut — 132 — encore en chercher la cause et le remède. Eh bien, quelle est la cause, la vraie cause des grèves? Est-ce seulement la passion politique et l'excitation des me- neurs ? Mon Dieu ! je ne doute pas qu'elles n'y jouent un grand rôle ; mais l'excitation est impuissante quand il n'y a pas une cause profonde, et cette cause, elle est, je le répète, dans l'isolement de l'ouvrier, dans cet antagonisme fatal qui l'éloigné du patron, qui tient séparés ces deux facteurs de la production dont l'accord est l'indispensable condition de la paix sociale et de la prospérité nationale. (Très bien! très bien! à droite.) Ayez une organisation du travail, et l'antagonisme disparaîtra graduellement : l'arbitrage remplacera la grève; l'apprentissage se reconstituera sérieusement et préviendra la décadence professionnelle qui favorise l'envahissement du travail étranger; les caisses de secours corporatives s'organiseront, et, dans les crises de chômage comme celles que nous traversons, aussi bien que dans les accidents journaliers du travail, vous ne serez plus obligés de recourir à des palliatifs passagers ou à l'illusoire et insoutenable procédé de la subvention par l'État, qui ne peut pas durer toujours. (Très bien! très bien! à droite.) Messieurs, quand il arrive que je monte à la tribune pour traiter ces questions, on me dit : « Mais vous ne proposez rien ! » Permettez-moi de vous répondre qu'il ne faut pas déplacer les responsabiUtés. J'ai essayé de vous dire quels sont, à mes yeux, les caractères généraux et particuliers de la situation — 433 — économique, et j'ai eu soin de distinguer la crise pari- sienne, la crise du moment, de la question générale : c'est sur ce terrain que je demande à rester. Je ne parle pas ici des remèdes passagers, des moyens de circonstance, qui peuvent amoindrir les souffrances des ouvriers sans travail; il y a des propositions déposées : le Gouvernement en déposera sans doute à son tour, quand il aura terminé ses enquêtes; nous les discuterons, et je déclare tout de suite que je voterai ce qui me paraîtra juste et praticable, dans une pensée d'humanité, mais non pas comme un remède social. Je vous l'ai dit : la question pour moi est plus haute, plus large et plus décisive; elle touche aux intérêts du monde; elle porte avec elle le secret de la conservation sociale. Eh bien , je viens vous dire : Voulez-vous entrer dans la voie des réformes que je vous ai indiquées? Voulez-vous commencer tout de suite l'étude laborieuse, difficile, d'une législation protectrice des ouvriers? On a dit, avec raison, qu'il y avait un grand nombre de propositions dans vos cartons; mais elles y dorment depuis trois ans. Voulez-vous étudier la création d'une organisation corporative du travail basée sur l'union des maîtres et des ouvriers? Nous vous en avons demandé les moyens, vous nous les avez refusés; nous les deman- dons encore. M. Charles Floquet. Nous avons repoussé le privilège pour certaines associations , pour la vôtre particu- lièrement. Ai. LE COMTE Albert de Mun. Le Gouvernement III. — 4- — 134 — veut-il monter à la tribune et prendre l'engagement d'assurer la stabilité des tarifs ? On vous l'a demandé cent fois, vous avez refusé. Le Gouvernement veut -il nous promettre qu'il don- nera désormais toutes les commandes aux fabricants et aux ouvriers français? Veut -il nous promettre qu'il obligera les compagnies à en faire autant? (Très bien! très bien! à droite.) On assure qu'il n'en est pas ainsi, et cela émeut tout le monde. L'honorable M. Aclocque a fait cette motion au conseil général de la Seine; je m'associe à sa demande. Le Gouvernement est-il prêt à apporter dans les travaux publics la modération et la régularisation nécessaires , en ne faisant appel qu'aux ressources normales de l'industrie? On vous a donné là- dessus tous les avertissements possibles quand, pour démontrer que vous étiez le Gouvernement de la prospérité, vous vous êtes lancés dans cette aventure. Vous n'en avez tenu aucun compte. Voulez -vous commencer, pour limiter l'extension des sociétés anonymes par actions , la revision de la loi de 1867? J'y suis prêt quand vous le voudrez. Enfin voulez-vous avoir le courage , au lieu de continuer à accroître votre dette , de réduire vos dépenses , afin de diminuer les impôts et de mettre les industriels français en mesure de produire à aussi bon marché que ceux de la Belgique et de l'Allemagne? (Très bien! très bien! à droite.) Voilà les questions que je me permets de vous faire. Tant que vous n'y aurez pas répondu par des actes, je ne vous reconnais pas le droit de me dire que je ne propose rien. — 135 — Messieurs, il faut qu'ici, dans ce débat, les respon- sabilités soient nettement établies. L'honorable M. Langlois a posé la question de cette manière, et il a eu raison. Depuis trois ans que nous siégeons sur ces bancs, nous vous voyons à l'œuvre; nous entendons vos programmes, nous écoutons vos déclarations. Nous ne voyons pas que vous abou- tissiez. Vous avez promis la prospérité et la vie à bon marché : il n'y a que des ruines autour de vous, et la misère est à vos portes. (Exlamations et interruptions à gauche.) A droite : Très bien! très hie^i! — Parlez! M.LECOMTEALBERTDEMuN.Voilà votre responsabilité. Pour nous, notre situation dans le débat est bien nette : il ne dépend pas de nous qu'il n'y ait des souffrances et des ruines ; mais nous en rejetons sur vous toute la responsabilité. (Réclamations à gauche. — Applaiidisse^nents à droite.) Nous n'y sommes pour rien : nous continuerons à tout faire pour vous empêcher de les accroître , pour en prévenir le retour et pour les réparer dans la mesure de nos forces ; nous continuerons à vous proposer les mesures que nous croyons propres à rétablir la paix sociale et la prospérité nationale. Voilà notre rôle, et j'ai la confiance que nous serons secondés par tous ceux qui ont souci du repos et de l'avenir de la France ! ( Vifs aijplaudissements à droite. — U orateur, en retournant à son banc, est félicité par ses amis.) Comme conclusion de ce discours, M. de Mun proposa Tordre du jour suivant, qui fut signé avec lui par W Freppel — 136 — et MM. Pieyre, Lorois, de la Bassetière, Martin (d'Auray), le vicomte Desson de Saint- Aignan, le vicomte de Bélizal, le comte Lanjuinais, de la Rochefoucauld duc de Bisaccia, de la Billais, le prince de Léon, le marquis de la Rochejaquelein, du Bodan, le comte de Kenneuguy, Galla, Boyer, OUivier, Le Gonidec de Traissan, Villiers, et que la Chambre refusa d'adopter :
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